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Historique
Les navigateurs regardent les bouches de Bonifacio, considérées comme une
des zones les plus ventées de Méditerranée avec un certain respect mêlé
d'appréhension. Deux mers se rencontrent en effet dans cet étroit passage
: la mer Tyrrhénienne et la mer de Corse et de Sardaigne, toutes deux très
profondes, tandis que les bouches ont une profondeur inférieure à 80
mètres, dans la zone la plus resserrée. Aussi est-il facile d'imaginer la
force que les courants peuvent atteindre ici, véritables fleuves auxquels
s'ajoute la violence du vent mistral et libeccio en lutte perpétuelle et
qui, de temps en temps, cèdent la pas au sirocco. Si l'on ajoute que les
eaux, qu'elles soient corses ou italiennes sont tapissées de nombreux
écueils affleurants, on peut imaginer quel a été le tribut versé aux
bouches par les bateaux au cours des siècles. Des épaves de toutes époques
en ont parsemé le fond et, dans certains endroits, les épaves modernes se
superposent à des panses d'amphores ou à des restes rouillés de vieux
cargos ou de vapeurs, coulés à des périodes successives. Parfois, ce sont
les témoignages de terribles drames, comme celui, inoubliable, de la
Sémillante, cette grande frégate qui alla s'écraser sur les Lavezzi en
1855 alors qu'elle faisait route vers la Crimée, avec quelque huit cent
personnes à bord, marins et soldats parmi lesquels il n'y eut aucun
survivant. D'autre fois, au contraire il s'agit d'histoires au dénouement
heureux, de drames effleurés, dans la mesure où l'équipage entier réussit
à se mettre à l'abri. C'est le cas de l'Angelika, un des nombreux navires
marchands grecs qui sillonnent les mers et qui eut un jour la malchance de
rencontrer une mer très violente dans cette zone. C'était au cours de
l'hiver 1982 et le navire transportait une cargaison composée
officiellement de sucre et d'autres produits alimentaires. Mais les
histoires qui circulent toujours à propos des naufrages parlent ici de
substances dangereuses, de fûts de produits polluants qui auraient
interdit au navire l'accès du port de Santa Teresa di Gallura, en
Sardaigne. L'Angelika se retrouva la proie des vagues au large de la
pointe Marmorata, qui est entourée d'une série d'écueils et d'îlots, ainsi
que des secs remontant à des profondeurs variables et constituant un
terrible piège pour la navigation côtière. On ne sait si c'est à la suite
d'une erreur de cap ou d'une avarie à l'appareil de gouverne que l'Angelika
alla violemment heurter ces secs, y restant échoué pour devenir rapidement
la proie des éléments. L'équipage, composé d'une vingtaine de personnes,
réussit pourtant à se mettre à l'abri, transi et démuni de tout, avant
d'être logé dans les quelques auberges de Santa Terasa ouvertes hors
saison. Pendant ce temps la mer achevait son travail de démolition avec
une incroyable efficacité, transformant le navire en un monceau de tôles
éparpillées sur une grande portion du fond. L'épave est facilement
repérable car un morceau de mât dépasse encore de l'eau sur une hauteur de
4 mètres. |



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La plongée
La plongée peut débuter en bordure de côte, où l'on trouve les premières
tôles, ou directement sur le mât qui émerge, d'où l'on peut voir
l'ensemble des débris. Le mât est fixé au centre de l'architrave d'un
portique utilisé pour le chargement de la cargaison, une sorte de U à
l'envers d'où pendent des palans et des poulies, dont les câbles étaient
commandés par une série de treuils, toujours bien visibles au pied de la
structure. L'ensemble est spectaculaire et constitue un des meilleurs
sujets photographiques de toute l'épave. En palmant vers le sud au-dessus
de tôles maintenant complètement détruites, on arrive au château arrière.
Détaché du reste de la coque, mais curieusement en bon état, il mérite une
visite complète. Par les nombreuses portes et les larges hublots
rectangulaires, il est possible de pénétrer à l'intérieur de la passerelle
et des autres compartiments. Leur exploration ne présente aucune
difficulté et pas le moindre danger. La visite continue en descendant vers
le large, où le navire est resté en partie entier. On aperçoit sur le fond
la machine, tandis qu'un gros réservoir, semblable à une chaudière, est
encore en place dans la coque. La poupe est couche sur le flanc gauche,
avec sa main courante intacte, les grosses bites d'amarrage et, sur le
côté extérieur, posées sur le sable, l'hélice à trois pales, pas très
grande et en tout cas plus petite qu'on aurait pu l'imaginer. Les pales
sont tordues car au moment du choc, l'hélice tournait encore : c'est
peut-être elle qui en premier, a touché la roche, se bloquant et laissant
le navre livré aux vagues. Aux environs, on peut également voir la barre,
qui gît sur le fond. Le reste de la coque est détruit et pratiquement
méconnaissable, mais constitue un vrai témoignage de l'incroyable violence
que peut atteindre la mer. |