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Historique
Sombre époque. Nous sommes en pleine guerre, fin
1943-début 1944, et le nord de l’Italie est occupé par les troupes
allemandes. Sur la côte de Ligurie, les ponts ferroviaires ont presque
tous été détruits sous les bombardements aériens et le transport des
marchandises est souvent assuré par cabotage, à l’aide de n’importe quel
type de bateau. Sont alors construites en grand nombre des Bettoline, nom
italien de ces gros chalands souvent transformés, semblables à ceux qui
naviguent sur les fleuves, avec une ou deux cales à ciel ouvert et un ou
deux moteurs arrière. Il s’agit de bateaux lents, 4 ou 5 nœuds au maximum,
spartiates et économiques, armés de deux mitrailleuses pour au moins faire
face à une attaque ennemie. Les fonds de l’Italie sont pleins de ces
embarcations, cibles faciles pour les avions, sous-marins et autres
navires possédant une artillerie suffisante. L’histoire de cette Bettolina
est mal connue. Un jour de février 1944, semble-t-il, elle naviguait cap
au sud, vers Deiva ou les Cinque Terre, avec une cargaison de ciment,
peut-être destinée à renforcer quelque position défensive. Alors qu’elle
longeait le promontoire de Sestri, une attaque aérienne fut annoncée à
terre. Sans doute l’habituel « Pippo » surnom donné aux bombardiers alliés
isolés qui, de préférence la nuit, tournaient des heures entières avant de
lâcher leurs bombes, ce qui avait en effet particulièrement pénible sur
les nerfs de la population. Cette fois-ci, l’objectif fut la Bettolina,
frappée sur l’avant gauche, ce qui provoqua une déchirure qui l’envoya
aussitôt par le fond. Les corps des quatre soldats allemands furent
retrouvés le lendemain matin sur le rivage : peut-être sont-ils morts de
froid après leur séjour dans l’eau. |


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La plongée
La proue est droite et massive, peu apte à fendre les
eaux, avec quelques câbles sur le pont, un cabestan et un passage
permettant d’accéder au poste des ancres. Sur la gauche apparaît la grande
déchirure qui a causé le naufrage, tordant les tôles comme de simples
feuilles d’étain. En palmant vers l’arrière, on trouve une seconde, qui
contient les sacs de ciment bien…cimentés entre eux. Entre les deux cales,
une plate-forme aménagée sur toute la largeur du bateau, réalisée en
profils métalliques, supportaient la mitrailleuse antiaérienne,
malheureusement aujourd’hui disparue, mais dont il reste l’affût
orientale. Au fond de la cale, ont peut encore voir quelques caisses de
munitions, ainsi que des projectiles isolés qu’il est vivement déconseillé
de toucher. Après la seconde cale et toujours vers l’arrière, on rencontre
la salle des machines, un local peu accessible. Très apprécié des sars et
des langoustes. Vient ensuite un compartiment où était installée la
cuisine. C’est le local le plus émouvant. En effet, sur le côté droit, est
logée une petite cuisinière économique à trois feux avec encre, au moins
jusqu’en 1993, une casserole posée sur un des deux et une seconde couchées
sur le côté. L’équipage fait-il cuire une soupe, pour se réchauffer en
cette froide nuit de février, lorsque soudain parvint le bourdonnement de
l’Avion ? La timonerie était à l’extérieur, avec le chadburn directement
fixé contre une cloison ; il s’agissait, ne l’oublions pas de bateaux très
simplifiés. On arrive enfin à la poupe, qui est la partie le plus haute du
bateau. Ici était installée une petite cabine toute simple et, même si
quelques tôles ont cédé et si une partie de ce local est désormais
ouverte, il a été possible d’y faire, voici quelques années, une
trouvaille émouvante : un tourne-disque, à moitié enfoui dans la vase avec
de vieux 78 tours, qui, peut-être, jouait quelque mélodie allemande au
moment du naufrage. Au-dessus de ce logement, sur le toit renforcé était
installée la seconde pièce antiaérienne, elle aussi disparue, mais dont il
reste l’affût orientale. Pour accéder au toit, il fallait emprunter une
petite échelle qui est le plus bel élément de toute l’épave. Sur sa plus
grande partie, le métal est en effet recouvert d’un des plus beaux
organismes marins de Méditerranée : un coralligène appelé anémone bijou,
qui sur la Bettolina, étale sa magnifique couleur rose fuchsia, avec les
extrémités blanches de ses polypes. En palmant le long de l’échelle,
au-dessus de la main courante, on se retrouve devant la poupe arrondie,
sur un fond de 31 m. Le safran est en partie enfoui dans la vase, de même
que les deux hélices toujours en place. Entre la coque et la vase,
derrière l’hélice de gauche, a élu domicile un énorme congre, qui monte la
garde sur l’épave, avec un de ses congénères, installé, lui, près de la
salle des machines. |