LA BETTOLINA DE SESTRI
 



Les sacs de ciment qui constituaient le chargement de la Bettolina

Fiche technique

Type d’épave : péniche transformée
Nationalité : allemande
Année de construction : inconnue
Jauge : environ 300 tonneaux
Date du naufrage : 1944
Cause du naufrage : bombardement aérien
Localisation : dans le 333 de la tour de Sestri Levante et dans le 122 de la pointe Manara

Profondeur minimale : 26 m
Profondeur maximale : 31 m

 


Informations plongée

Difficulté de localisation : moyenne
Visibilité : de faible à bonne
Courant : faible
Difficulté de plongée : moyenne
Lignes ou filets : néant
Intérêt historique : modéré
Intérêt photographique : modéré
Intérêt biologique : modéré

Historique
Sombre époque. Nous sommes en pleine guerre, fin 1943-début 1944, et le nord de l’Italie est occupé par les troupes allemandes. Sur la côte de Ligurie, les ponts ferroviaires ont presque tous été détruits sous les bombardements aériens et le transport des marchandises est souvent assuré par cabotage, à l’aide de n’importe quel type de bateau. Sont alors construites en grand nombre des Bettoline, nom italien de ces gros chalands souvent transformés, semblables à ceux qui naviguent sur les fleuves, avec une ou deux cales à ciel ouvert et un ou deux moteurs arrière. Il s’agit de bateaux lents, 4 ou 5 nœuds au maximum, spartiates et économiques, armés de deux mitrailleuses pour au moins faire face à une attaque ennemie. Les fonds de l’Italie sont pleins de ces embarcations, cibles faciles pour les avions, sous-marins et autres navires possédant une artillerie suffisante. L’histoire de cette Bettolina est mal connue. Un jour de février 1944, semble-t-il, elle naviguait cap au sud, vers Deiva ou les Cinque Terre, avec une cargaison de ciment, peut-être destinée à renforcer quelque position défensive. Alors qu’elle longeait le promontoire de Sestri, une attaque aérienne fut annoncée à terre. Sans doute l’habituel « Pippo » surnom donné aux bombardiers alliés isolés qui, de préférence la nuit, tournaient des heures entières avant de lâcher leurs bombes, ce qui avait en effet particulièrement pénible sur les nerfs de la population. Cette fois-ci, l’objectif fut la Bettolina, frappée sur l’avant gauche, ce qui provoqua une déchirure qui l’envoya aussitôt par le fond. Les corps des quatre soldats allemands furent retrouvés le lendemain matin sur le rivage : peut-être sont-ils morts de froid après leur séjour dans l’eau.



Des anémones-bijoux créent de splendides tâches au fuchsia éclatant

La cuisine avec une casserole encore en place
 

Les anémones-bijoux recouvrent presque entièrement la main courant de l'échelle arrière  



 L'affût d'une des pièces antiaériennes, disparue depuis plusieurs années


La plongée

La proue est droite et massive, peu apte à fendre les eaux, avec quelques câbles sur le pont, un cabestan et un passage permettant d’accéder au poste des ancres. Sur la gauche apparaît la grande déchirure qui a causé le naufrage, tordant les tôles comme de simples feuilles d’étain. En palmant vers l’arrière, on trouve une seconde, qui contient les sacs de ciment bien…cimentés entre eux. Entre les deux cales, une plate-forme aménagée sur toute la largeur du bateau, réalisée en profils métalliques, supportaient la mitrailleuse antiaérienne, malheureusement aujourd’hui disparue, mais dont il reste l’affût orientale. Au fond de la cale, ont peut encore voir quelques caisses de munitions, ainsi que des projectiles isolés qu’il est vivement déconseillé de toucher. Après la seconde cale et toujours vers l’arrière, on rencontre la salle des machines, un local peu accessible. Très apprécié des sars et des langoustes. Vient ensuite un compartiment où était installée la cuisine. C’est le local le plus émouvant. En effet, sur le côté droit, est logée une petite cuisinière économique à trois feux avec encre, au moins jusqu’en 1993, une casserole posée sur un des deux et une seconde couchées sur le côté. L’équipage fait-il cuire une soupe, pour se réchauffer en cette froide nuit de février, lorsque soudain parvint le bourdonnement de l’Avion ? La timonerie était à l’extérieur, avec le chadburn directement fixé contre une cloison ; il s’agissait, ne l’oublions pas de bateaux très simplifiés. On arrive enfin à la poupe, qui est la partie le plus haute du bateau. Ici était installée une petite cabine toute simple et, même si quelques tôles ont cédé et si une partie de ce local est désormais ouverte, il a été possible d’y faire, voici quelques années, une trouvaille émouvante : un tourne-disque, à moitié enfoui dans la vase avec de vieux 78 tours, qui, peut-être, jouait quelque mélodie allemande au moment du naufrage. Au-dessus de ce logement, sur le toit renforcé était installée la seconde pièce antiaérienne, elle aussi disparue, mais dont il reste l’affût orientale. Pour accéder au toit, il fallait emprunter une petite échelle qui est le plus bel élément de toute l’épave. Sur sa plus grande partie, le métal est en effet recouvert d’un des plus beaux organismes marins de Méditerranée : un coralligène appelé anémone bijou, qui sur la Bettolina, étale sa magnifique couleur rose fuchsia, avec les extrémités blanches de ses polypes. En palmant le long de l’échelle, au-dessus de la main courante, on se retrouve devant la poupe arrondie, sur un fond de 31 m. Le safran est en partie enfoui dans la vase, de même que les deux hélices toujours en place. Entre la coque et la vase, derrière l’hélice de gauche, a élu domicile un énorme congre, qui monte la garde sur l’épave, avec un de ses congénères, installé, lui, près de la salle des machines. 

 

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