|
Historique
Pendant la Seconde Guerre mondiale, les convois et les navires de
transport allemands qui ravitaillaient les divisions envoyées en Afrique
du Nord faisaient route vers le sud en longeant la côte orientale de
Sardaigne. Ils n'avaient pas la vie facile car cette portion de mer était
patrouillée par les sous-marins anglais qui, surtout dans la phase finale
du conflit, semblaient s'appuyer sur un réseau d'informations efficace à
terre grâce auquel ils pouvaient prévoir le passage des convois et se
placer sur leur route pour les intercepter. Le plus connu de ces
sous-marins était le Safari auquel on impute au moins quatre des épaves
situées sur la côte est sarde. Quand le KT fut intercepté par le Safari en
1943, il tentait de forcer le blocus, à coups de canon et de mitrailleuse
: bien peu de chose face aux torpilles qui lui étaient envoyées en retour.
L'énorme déchirure visible à l'avant de son épave atteste des dégâts
commis par la torpille qu'il reçut alors. Une violente explosion secoua le
navire qui pris feu et coula rapidement. Une grande partie de l'équipage
fut tuée et toute la cargaison, qui était très diversifiée, alla par le
fond. Dans la grande cale avant, plusieurs bidons de carburant, huile,
gasoil et essence sont encore stockés. Les anciens habitants des environs
d'Orosei appelaient ce bateau le "pétrolier" car presque tous les fûts non
détruits par l'explosion furent retrouvés à terre ou récupérés et cachés
sous le sable de la plage d'Osalla. Pendant longtemps, dans l'immédiat
après-guerre, les tracteurs, les barques et les autres moteurs en tous
genres fonctionnèrent avec ces carburants. Le "pétrolier" transportait
également des motocyclettes, des blindés, des véhicules, des grues et,
probablement, des sanitaires, des chaussures et bien d'autres fournitures
pour les troupes engagées sur les fronts d'Afrique. Le "pétrolier" était
armé de mitrailleuses et d'un petit canon sur l'arrière. Le navire, de
construction allemande, était un KT, autrement dit une unité de
débarquement à fond plat, longue d'environ 70 mètres et large de 11
mètres.
|


|
|

 |
La plongée
L'épave se trouve à environ 2 milles face à la marina d'Orosei. Il n'est
pas facile de la trouver avec des amers. Son identification avec un
sondeur n'est elle-même pas aisée si l'on n'en connaît pas bien le profil
sur l'écran. Dans cette zone, les forts courants ne sont pas rares aussi
est-il facile de perdre le bon endroit juste après l'avoir trouvé. Sur le
site, pourtant, dès le début de la plongée, il suffit d'entrevoir le fond
pour réaliser que le KT d'Orosei est l'épave idéale : il repose bien droit
sur sa quille sur le sable à 35 mètres de profondeur et ses parties les
plus hautes culminent à moins de 20 mètres de la surface. Les ponts
supérieurs sont encore partiellement debout. Une grande tôle qui couvrait
un élément de pont a glissé sur le fond et porte encore des supports de
mitrailleuses. Sur l'arrière, un petit canon est pointé vers le haut et,
tout près, on peut voir la barre et une ancre de secours. La poupe
arrondie est très belle et les deux hélices sont encore en place. Du pont
arrière, on peut entrer dans le compartiment des machines, où il faut
faire attention à un véritable fouilles de tuyaux et de câbles. Des
manomètres et d'autres instruments sont encore en place. De nombreux
objets ont été enlevés, mais il en reste beaucoup gisant éparpillés au
milieu des tôles : casques, chaussures, semelles, un couteau fabriqué à
Solingem, de la vaisselle, des masques à gaz. Toutefois, il reste encore
pas mal d'éléments à découvrir. Il arrive souvent que, tout en cherchant à
comprendre la fonction de tel ou tel équipement resté sur le pont ou de
tel objet retrouvé ici et là, on soit environné d'un groupe de liches. En
restant immobile, on peut observer ce carrousel pendant un bon moment. Le
long du flanc droit, deux grues mobiles encore équipées de leurs pneus
sont posées sur le fond, aux côtés d'un véhicule blindé avec d'épaisses
vitres par-balles. Sur le pont, le bateau transportait aussi de
motocyclettes et divers véhicules. Les dimensions du navire et la quantité
d'objets disséminés sur le fond nécessitent plusieurs plongées pour bien
en voir les détails. La zone des cabines est aujourd'hui encore debout,
mais entièrement vide : il est possible d'y pénétrer et de la traverser.
Au-dessus, la passerelle regarde vers la proue, qui se présente comme un
véritable gouffre dans lequel on entre par la grande écoutille du pont ou
par la déchirure provoquée par les torpilles, au niveau du fond. A
l'entrée de la cale avant, un joli groupe de corbs se disperse et cherche
refuge au milieu des tôles inaccessibles. Sur le fond, gisent quelques
fûts de carburant : les derniers des centaines dont la cale était pleine.
En sortant de l'écoutille sur le pont, on se retrouve face à la passerelle
: ainsi vu, posé bien droit, le KT semble sur le point de naviguer d'un
moment à l'autre. En revenant vers l'arrière par la gauche, on peut voir
les bossoirs des chaloupes de sauvetage, encore debout. |