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Historique
Mohawk Deer signifie en anglais « Cerf mohican » un
joli nom pour un bateau qui n’est ni gracieux ni élancé, un vieux
pétrolier canadien de 4 500 tonneaux, lancé à West Bay City il y a fort
longtemps, en 1896, et inscrit sur les registres de Montréal. Après une
carrière longue et anonyme, pour quelque raison inconnue, le Mohawk Deer
se retrouva de l’autre côté de l’Océan, promis aux chalumeaux oxhydriques
d’un chantier de démolition de la Spezia. C’était en novembre 1967, et le
voyage final, après que le navire eut été entièrement vidé, fut confié au
remorqueur yougoslave Yunak, au départ de Gênes. Le temps n’était pas
beau, avec un libeccio assez violent qui, selon les prévisions, devait se
renforcer encore au cours des heures suivantes. Ce qui n’empêcha pas le
capitaine du Yunak de vouloir partir et même de remorquer à cette occasion
un second bateau, le Makaweel, de 2 600 tonneaux. Au large du promontoire
de Portofino, l’état de la mer avait sensiblement empiré et les secousses
données au câble de remorquage furent si fortes qu’il cassa, laissant le
Mohawk Deer à la dérive. Le récupérer au milieu des vagues avec le second
bateau en remorque était impensable, Le capitaine du Yunak demanda alors
du secours à Gênes par radio. C’était le 5 novembre, un dimanche, et le
fait qu’à bord du navire il n’y avait personne, ne fit que ralentir les
opérations de sauvetage, qui se transformèrent en l’habituel marchandage
entres les moyens de secours et la compagnie d’assurance pour fixer le
prix de l’intervention. Quand, finalement, deux remorqueurs arrivèrent de
Gênes, il était trop tard ; les vagues avait poussé le navire à la côte,
dans une zone du promontoire appelée Cala Ruffinale ou Cala degli Inglesi.
Il fallut assister impuissant à l’agonie du bateau, qui fut jeté sur les
rochers et se rompit en deux par milieu. La partie avant coula aussitôt,
tandis que l’arrière resta en surface un peu plus longtemps, pour être
finalement fracassé en morceaux par les vagues. Au début, il fut envisagé
de récupérer l’épave, mais le coût de l’intervention dépassait la valeur
du métal, estimé à l’époque à environ 100 millions de lires. Rien ne fut
entrepris, et l’épave fait depuis lors partie du promontoire. |



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La plongée
La proue est la partie la plus belle et la plus
intéressante, surtout si l’on part du rivage pour se diriger vers le large
jusqu’à en découvrir soudain l’étrave, droite et verticale, comme était
celles des navires du début du siècle. Un spectacle à couper le souffle,
surtout pour ceux qui n’ont encore jamais vu d’épave. Le point le plus
haut est situé à 16 mètres, avec un petit mât soudé à la proue. Il faut
descende sur les côtés extérieurs pour en explorer les deux grands
écubiers. Celui de gauche n‘a plus son ancre, mais il reste la chaîne, qui
a force de frotter contre les tôles, à cause des mouvements de la mer, a
fini par les ronger. L’ancre de droite était encore à poste il y a
quelques années, puis quelque « Rambo des abysses » en a scié la chaîne
pour la faire tomber sur le fond où elle est encore (et pour toujours !),
bien visible. Il faut descendre jusqu’au fond, à 23 mètres, pour voir le
point d’impact de la proue contre la roche. L’étrave en acier, épaisse
d’une bonne douzaine de centimètres, est pliée comme un simple petit
morceau de tôle. En palmant en pleine eau, on a ensuite une belle vue du
château avant, avec les gros cabestans placés sous le niveau du pont, ce
qui n’est pas fréquent. Il ne faut pas oublier de visiter le pont
inférieur. A côté du cabestan, sur la gauche, se trouve une grosse bitte
où est encore frappé le câble d’acier dont la rupture a provoqué le
naufrage. Plus bas encore, voici les compartiments des ancres, un peu
étroits et seulement accessibles à ceux qui ne souffrent pas de
claustrophobie. En se tenant toujours dans la partie centrale du pont, on
découvre, vers 30 mètres, une sorte de réduit semi-circulaire, retourné,
qui était peut-être le support sur lequel autrefois était placé le mât.
Cette zone a changé d’aspect pendant l’hiver 1973, suite à un affaissement
des structures. L’exploration se poursuit en palmant vers le côté gauche
(le flanc doit du navire) où le pont, en se repliant sur lui-même, a formé
une sorte de long couloir, entrecoupé régulièrement de larges ouvertures;
on peut faire ici une belle promenade avec le frisson provoqué par
l’explosion de l’intérieur d’une épave, en ayant toujours à l’œil le bleu
de l’ouverture suivante. La paroi de cette fausse coursive est toute
concrétionnée de madréporaires jaunes.
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