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Historique
En 1943, année où l'Italie signa l'armistice avec les forces alliées, la
Sardaigne fut le théâtre d'affrontements dramatiques dans les aires et sur
mer, qui touchèrent aussi les populations civiles de nombreuses villes de
l'île. Dans le golfe de Cagliari, les épaves de convois entiers, de navires
marchands, de remorqueurs, de petits navires et d'avions parsèment les
fonds sablonneux et témoignent des destructions causées par les mines et
les torpilles. Cette histoire est celle d'un de ces bateaux, le Romagna :
un vieux pétrolier de 1416 tonneaux, construit en 1899 et réquisitionné
par la Marine italienne à Cagliari le 4 octobre 1941. Le 2 août 1943, le
pétrolier transportait une précieuse cargaison de carburant à destination
de Cagliari, d'une grand importance stratégique pour les forces aériennes
employées à la défense de l'île. Le Romagna était escorté par six bateaux
de tonnage inférieur dévolus à la lutte anti-sous-marine, tandis que sa
protection aérienne était confiée à quatre Macchi 202 et 205 de la 51e
escadrille de chasse. Dans le golfe de Cagliari, les batteries
anti-aériennes côtières de Pruna et de Faldi étaient en alerte depuis 7 h
53 pour faire face à une attaque aérienne ennemie et contrôlaient la
navigation du pétrolier. A 8 h 07, alors qu'il se trouvait enfin à
quelques milles du port de Cagliari, le Romagna heurta de l'avant une mine
d'un barrage mis en place récemment et probablement pas encore signalé au
pétrolier par le dispositif de terre. Depuis le début du conflit, plus de
5 000 mines furent larguées dans le golfe de Cagliari et le long des côtes
sardes. L'explosion entraîna la cassure de la proue, l'incendie du
carburant et l'arrêt du navire, qui partit à la dérive, privé de
gouvernail. Tandis que les chasseurs d'escorte rentraient à leur base,
après avoir effectué plusieurs passages à la recherche d'un éventuel
sous-marin, les bateaux de soutien se rapprochèrent du Romagna en flamme
pour secourir les survivants, mais, à 8 h 39, ils furent attaqués par des
Curtiss P-40 et des Lightning P-38 et ils durent s'éloigner. Après la fin
de l'alerte aérienne, à 9 h 35, la batterie de Faldi signala un bateau à
proximité du pétrolier en flammes, avec deux naufragés qui faisaient des
gestes pour appeler au secours. Ils furent sauvés juste avant qu'une
nouvelle attaque aérienne ne provoque l'alerte, à 10 h 20. Entre-temps, le
Romagna, complètement dévasté pas l'incendie et par les explosions du
carburant, coulait à un kilomètre de l'endroit où il avait touché la mine.
Un peu plus d'un mois plus tard fut signé l'armistice : la Sardaigne
n'était plus en guerre. |


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La plongée
Long d'une centaine de mètres, il est là, bien droit sur le sable, comme
s'il naviguait encore, lorsqu'il fut arrêté après la mine qui lui coupa
net la proue. Le sommet de l'épave est situé à 32 mètres sous la surface.
Sur le pont, tout est pratiquement écroulé : les mâts, les cheminées,
tandis que seules les parties les plus basses des cabines sont encore en
place. Vers la poupe, les tôles semblent emmêlées dans un fouillis de
lignes et de bouts auxquels il faut faire très attention pour ne pas
rester prisonnier. Vue de l'extérieur, la coque paraît encre plus grande.
Plus de 10 mètres plus bas, en descendant sur le fond au niveau de la
poupe, la vision de l'énorme hélice et du safran vaut à elle seule la
plongée. Les pales sont plus grandes qu'un homme et le safran est
environnée de nuages d'anthias, tandis que le fond de sable est un
véritable tapis d'ophiures noires. Sur le pont, il n'est pas facile de
comprendre comment toutes ces tôles ont été tordues. Il faut plusieurs
plongées pour en avoir une bonne vision d'ensemble. Sur les tôles
croissent des algues dont certaines dépassent les 50 cm de haut. De temps
en temps, passe un banc de gros sars tambours, tandis que des chapons se
tiennent immobiles à l'affût. Dans les tuyaux et ente les débris se
cachent des congres et des murènes. Sur une paroi du pont est fixée une
ancre de secours, tandis qu'un peu plus loin on peut voir une baignoire :
que fait-elle ici, nul ne le sait. Peut être le local où elle se trouve
était-il une salle de bain, mise en pièces par l'explosion, car le plafond
et les parois ont disparu. Le flanc gauche du navire semble gonflé : les
déflagrations et l'énorme chaleur de l'incendie en ont probablement
déformé les tôles épaisses. Les longs mâts sont couchés sur le pont et
celui de l'avant est affaissé dans l'énorme brèche causée par la mine. Au
point d'impact, sur le côté gauche, à l'avant, les grandes tôles tordues
et éparpillées tout autour donnent clairement une idée de la violence de
l'explosion. Le côté droit, en revanche, semble coupé net. Sur le sable,
devant la proue, des tas de matériaux affleurent partiellement et restant
difficilement identifiables. Ici aussi, le fond est recouvert d'une très
grande concentration d'ophiures noires : quelques-unes d'entre elles sont
regroupées sur une proie. La partie avant du bateau est trop éloignée pour
être ralliée en une seule plongée, mais si cela était possible, il n'y
aurait aucun problème d'orientation car une longue traînée de débris et de
fragments semble vouloir réunir encore les deux morceaux du navire. Une
seconde plongée est donc nécessaire comme s'il s'agissant de la visite
d'une autre épave. La proue repose à 43 mètres de profondeur, entourée
d'un immense nuage de castagnoles rouges. Ici aussi, le côté gauche est
gonflé et les tôles tordues indiquent le point d'impact avec la mine. Le
côté droit semble coupé par une flamme oxhydrique et de l'écubier descend
la grosse chaîne à laquelle est encore fixée l'ancre, posée sur le sable.
Deux mètres plus loin, une grand murène montre la tête hors des tôles. La
petite partie de pont conservée est recouverte de bois comme sur le
morceau principal de l'épave. Entre les tôles, un banc de gros sars a
trouvé refuse. Comme toutes les grandes épaves, le Romagna réserve à
chaque plongée sa part de découvertes et d'émotions. |