|
Historique
Années cinquante : un Vickers Viking survole la Corse du Sud avec des
passagers d'exception : la fameuse troupe de patineurs de Holiday on Ice.
L'avion est un bimoteur construit dès 1946 par la firme britannique
Vickers Armstrong Ltd. Un appareil dérivé du célèbre bombardier
Wellington, qui se couvrit de gloire pendant la Seconde guerre mondiale.
Dans la cabine, on entendait distinctement le bourdonnement typique des
moteurs, une véritable musique pour les passionnés, produite par deux
Bristol Hercules 634 en étoile, capables de développer 1'690 CV chacun.
Pourtant, depuis un moment, ces puissants moteurs commencent à poser
quelque problème. L'avion perd de l'altitude et le pilote doit à tout prix
trouver un endroit approprié pour un atterrissage de fortune. La longue
plage de sable de Mortoli semble offrir un terrain convenable, aussi le
pilote descend-il jusqu'à en effleurer le sable, mais il s'aperçoit avec
épouvante que vers le milieu affleurent quelques roches et que la partie
de sable restante est trop courte. En outre, la plage se termine par une
série de rochers contre lesquels l'avion va inévitablement s'écraser.
Reprendre de l'altitude dans l'état où sont ses moteurs est hors de
question. Aussi le commandant se dirige-t-il vers la mer, décidé à
amerrir. Il fait rapidement rentrer le train d'atterrissage et, au moment
où le fuselage touche les vagues, il cabre légèrement son appareil pour en
freiner la course avec la queue. L'opération réussit parfaitement, bien
que la partie arrière de l'avion soit mise en pièces. Le fuselage reste en
surface assez longtemps pour permettre aux artistes et à l'équipage de se
jeter à l'eau et de rejoindre à la nage la côte toute proche. L'avion
coule alors, mais sans aller bien loin, car le fond est seulement à 13
mètres sous la surface. Là, le Vickers se pose doucement sur le sable, au
milieu des posidonies. L'accident n'ayant pas fait de victimes,
l'information fait peu de bruit : quelques lignes dans les quotidiens,
provoquées par la réputation de la troupe des patineurs, puis c'est
l'oubli. L'épave, quant à elle commence à se couvrir de concrétions et à
être occupée par la faune traditionnelle, trop heureuse de trouver un
nouvel habitat au milieu du sable. Au cours de la décennie suivante, les
plongeurs visitent l'épave, malheureusement en coupant et en enlevant les
pales d'hélices. Mis à part cela, l'avion est resté plutôt entier et
constitua le décor principal d'un court métrage intitulé "Mare Nostrum" et
présenté au Festival mondial de l'image sous-marine d'Antibes - Juan-les-Pins.
|



|
|


|
La plongée
La limpidité de l'eau est ici incroyable et, certains jours, on peut voir
l'épave en se tenant debout sur le bateau, sans même mettre la tête dans
l'eau. La vision la plus belle est une fois de plus, lorsqu'on est à
mi-profondeur, un peu en avant du nez de l'appareil, avec la sensation que
celui-ci vole à votre rencontre. L'envergure est importante, exactement
27,20 mètres et, sous un certain angle, qui masque la partie arrière,
l'avion semble vraiment entier. Son exploration sera lente et minutieuse,
compte tenu de la profondeur générale du site. Le nez est légèrement abîmé
sur le côté droit, sans doute à cause de l'impact sur le fond. Les ailes
sont intactes, avec les deux moteurs en étoile à leur place,
particulièrement intéressant à observer même s'ils n'ont plus leurs pales
d'hélice. Le capotage aérodynamique des moteurs se prolonge sur l'arrière
et en dessous avec le logement du train d'atterrissage : sous chaque aile
on voit très bien le gros pneumatique en position remontée. Par une longue
rangée de hublots, on peut regarder à l'intérieur du fuselage, bien que
cela soit plus facile directement depuis l'endroit où il est cassé
nettement, dans sa partie arrière. De là, l'accès est sans problème, car
les sièges qui encombraient le passage ont disparu. La carlingue n'est
autre qu'un long tunnel vide, embelli par les concrétions d'éponges,
d'ascidies qui, avec les nombreux poissons installés ici, rehaussent la
monochromie de l'aluminium. En palmant sans troubler l'eau, on arrive au
poste de pilotage, bien éclairé par plusieurs hublots. Le nombre des fils
électriques qui pendent un peu partout est impressionnant. Les instruments
ont, malheureusement, disparu, comme les sièges, mais l'ensemble est
également très beau. Les passionnés d'avions pourront ensuite découvrir
pour eux-mêmes mille autres petits détails que seul un oeil connaisseur
est en mesure de déceler, même si les concrétions ont désormais effacé les
traces qui auraient permis d'identifier l'avion avec certitude. |